Le blog de la Fondation
Prévention santé, enfance et pédagogie
Découvrez les actualités, les initiatives et les ressources de la Fondation Conteurs sans frontières. Prévention santé des enfants, compétences psychosociales et pédagogie ludique : explorez nos actions pour accompagner les jeunes dans leur développement et leur bien-être.

La santé se raconte, se joue et se cultive chaque jour. Reconnaître ses émotions, accueillir l’inconnu, dire son idée, coopérer, prendre une pause : ces compétences s’apprennent dès l’enfance et accompagnent chacun toute sa vie, en famille comme au travail. Voici comment les comprendre et comment les faire grandir avec des gestes simples.
Quelles histoires notre société nous raconte-t-elle de la santé ?
« Sois fort. » « Il faut tenir. » « Débrouille-toi tout seul. »
Chaque société raconte une histoire de la santé, à travers des phrases du quotidien, des images et des habitudes. Ces récits collectifs parlent de force, de réussite, d’autonomie ou de vulnérabilité, et façonnent nos représentations, souvent sans que nous le remarquions.
Un enfant se construit au cœur de ces récits. Les adultes qui l’entourent sont ses premières références, puis viennent l’école, les pairs, les médias et les réseaux sociaux, avec des messages multiples, parfois contradictoires, que chaque âge lit à sa manière.
L’enjeu consiste à ouvrir plusieurs lectures, sans imposer un « bon récit » : tenir ou s’adapter ; performer ou trouver sa place ; avancer seul ou mobiliser ses ressources.
Ce récit change la place de chacun. L’enfant devient progressivement auteur de son histoire de santé, et coauteur de celle des autres, en développant ses propres repères. Les adultes qui l’entourent — parents, enseignants, éducateurs, soignants, employeurs ou élus — en créent les conditions favorables. La santé est aussi une construction collective.
C’est la conviction qui guide la Fondation Conteurs sans frontières depuis 2007 : la santé physique et mentale se cultive à travers des expériences concrètes, des récits qui donnent du sens et des gestes que l’on peut refaire le lendemain.
Exposer l’enfant à plusieurs représentations, lui permettre de questionner, de mettre à distance et de confronter les points de vue, c’est l’aider à exercer son esprit critique face au groupe, aux médias et aux réseaux.
Le récit y contribue de manière indirecte, adaptée à l’âge et sans culpabiliser. Un geste simple aide à prendre du recul : se demander s’il s’agit d’un fait, d’une peur, d’une habitude ou d’une histoire déjà connue.
Question miroir : quels récits ai-je moi-même reçus… et lesquels est-ce que je transmets ?
Les compétences psychosociales, de quoi parle-t-on ?
Les compétences psychosociales rassemblent les capacités qui permettent de mieux se connaître, d’entrer en relation avec les autres et de répondre de manière ajustée aux situations du quotidien.
Elles se développent tout au long de la vie, grâce aux expériences vécues en famille, à l’école, dans les loisirs et au travail.
On les regroupe généralement en trois familles :
- Les compétences cognitives : observer une situation, résoudre un problème, faire preuve de créativité et d’esprit critique, prendre des décisions adaptées à son âge.
- Les compétences émotionnelles : reconnaître ce que l’on ressent, comprendre ce qui le déclenche, apprendre à traverser une émotion forte et à retrouver son calme.
- Les compétences sociales : écouter, exprimer ses besoins, coopérer, chercher une solution commune lors d’un désaccord, demander de l’aide.
Ces compétences sont vivantes. Elles se renforcent à chaque occasion de les exercer, à tout âge.
Ce que les données scientifiques nous apprennent
La santé mentale, une priorité pour la population suisse
Selon une étude de Promotion Santé Suisse menée auprès de près de 3 300 personnes en 2021, environ 60 % des Suisses accordent de l’importance à leur santé mentale, et moins d’une personne sur deux estime savoir concrètement comment en prendre soin.
Promotion Santé Suisse compare d’ailleurs l’entretien de la santé mentale à l’apprentissage du brossage des dents : un geste quotidien qui s’apprend.
Les relations sociales, une ressource essentielle
Dans l’étude jeunesse de Pro Juventute, une large majorité des jeunes déclare se sentir bien sur le plan psychique. Les relations avec les parents et les amis restent pour eux des ressources essentielles.
L’enfance et l’adolescence, des périodes déterminantes
Selon l’étude HBSC 2022, environ 67 % des élèves de 11 à 15 ans en Suisse présentent un bien-être émotionnel moyen à élevé.
Les compétences qui soutiennent ce bien-être peuvent se cultiver tôt, à travers les interactions quotidiennes, l’apprentissage émotionnel et les expériences collectives.
Des effets mesurables sur les apprentissages
Une vaste méta-analyse publiée en 2011 dans la revue Child Development, portant sur 213 programmes scolaires et plus de 270 000 élèves, a associé le développement des compétences socio-émotionnelles à des progrès dans les relations, le comportement et la réussite scolaire.
Les élèves participant à ces programmes ont notamment présenté un gain moyen de 11 points de percentile dans leurs performances scolaires, par comparaison avec les groupes témoins.
Ces résultats soulignent l’intérêt d’intégrer les compétences psychosociales dans les environnements éducatifs.
Les mécanismes du quotidien : comprendre comment notre cerveau décide
Pour faire des choix rapidement, notre cerveau utilise des raccourcis. Les psychologues les appellent des biais cognitifs.
Ils sont utiles, mais ils peuvent parfois orienter nos réactions sans que nous en ayons conscience.
Les récits que nous recevons y participent : la manière dont une situation nous est présentée, ou la première information entendue, peuvent influencer notre jugement.
Les connaître, c’est gagner en liberté.
Quatre mécanismes à reconnaître au quotidien
- L’aversion à l’incertitude. Nous préférons spontanément ce que nous connaissons. Confier une petite décision à un enfant, dans un cadre clair, l’aide à vivre l’inconnu comme une découverte.
- La comparaison sociale. Nous nous évaluons volontiers à travers les autres. Revenir à son propre point de départ rend son chemin visible.
- L’illusion de transparence. Ce qui nous paraît évident l’est rarement autant pour l’autre. Dire clairement son idée, puis écouter celle de l’autre, crée un espace partagé.
- L’effet tunnel. Sous tension, notre attention se resserre. Prendre trois respirations avant de répondre peut redonner de l’espace au choix.
Les distorsions cognitives : apprendre à reformuler ses pensées
Les distorsions cognitives forment une autre famille.
Ce sont des manières de penser qui grossissent ou figent une situation : imaginer d’emblée le pire scénario, penser en tout ou rien (« je suis nul »), croire deviner ce que l’autre pense ou tirer une règle générale d’un seul événement.
Les reconnaître permet de reformuler une pensée et d'envisager d'autres interprétations.
Ainsi, « je suis nul » peut devenir « j’apprends ».
Le nudge : un coup de pouce pour faciliter les bons choix
L’environnement peut aussi aider à faire le choix favorable.
C’est le principe du nudge, ou coup de pouce : rendre un geste plus simple, plus visible ou plus naturel, sans retirer la liberté de choisir.
Quelques exemples :
- Une boîte à jeux sans écran placée à portée de main.
- Une routine du coucher toujours organisée dans le même ordre.
- Une intention préparée à l’avance : « Si je me sens énervé, alors je bouge avant de parler. »
Le nudge facilite le choix ; les compétences psychosociales développent la capacité à choisir. Les deux approches se complètent.
Chaque semaine, Conteurs sans frontières explore l’un de ces mécanismes à travers une micro-histoire, un jeu et un geste à essayer en famille ou en équipe.
Le jeu et les histoires : deux langages pour apprendre
Pour un enfant, jouer, c’est explorer le monde, expérimenter des rôles, tester des solutions et partager du plaisir.
Le jeu offre une manière naturelle d’exprimer ce que les mots peinent encore à dire, de coopérer, d’attendre son tour, de négocier une règle ou de recommencer après un essai.
Les histoires ouvrent un autre espace.
À travers un personnage, l’enfant reconnaît une émotion, observe plusieurs réactions possibles et imagine des solutions.
Parler de la peur d’un personnage est souvent plus facile que parler de la sienne.
Lorsqu’une histoire se prolonge par un jeu ou un défi, l’apprentissage passe de l’écoute à l’expression, puis à l’expérience.
Le récit permet aussi d’aborder la santé avec nuance : les personnages hésitent, se trompent, recommencent, demandent de l’aide et découvrent de nouvelles solutions.
L’enfant comprend que prendre soin de soi est un chemin, parcouru avec d’autres.
De l’enfant à l’équipe : les mêmes compétences à tout âge
Les mécanismes qui orientent les réactions d’un enfant traversent aussi la vie des adultes.
Dans une famille, l’aversion à l’incertitude peut se traduire par le besoin que tout se passe comme prévu.
Dans une équipe, elle peut se manifester par l’envie de tout planifier à l’avance.
C’est pourquoi chaque compétence psychosociale peut se vivre dans deux moments complémentaires :
- Un moment en famille : l’histoire du soir, le trajet de l’école ou le repas partagé.
- Un moment d’équipe : une ouverture de réunion, une pause café de cinq minutes ou un bilan du vendredi.
Les adultes qui exercent ces compétences entre eux deviennent aussi, naturellement, des modèles pour les enfants qu’ils accompagnent.
Adapter le développement des compétences psychosociales à chaque âge
Les besoins des enfants et des adolescents évoluent avec leur développement. Les activités de prévention santé doivent donc être adaptées à leur compréhension, à leur autonomie et à leur environnement.
De 2 à 4 ans : découvrir et nommer
Des expériences sensorielles, des histoires courtes et des jeux simples, toujours accompagnés par un adulte.
L’enfant découvre progressivement ses émotions et les premiers gestes favorables à son bien-être.
De 4 à 7 ans : raconter et expérimenter
Des personnages imaginaires, des jeux symboliques et des exemples concrets.
Les histoires permettent d’explorer différentes émotions, d’apprendre à coopérer et de comprendre progressivement les relations avec les autres.
De 7 à 12 ans : comprendre et coopérer
Des jeux de rôle, des projets collectifs et des défis à résoudre ensemble.
Ces expériences encouragent la créativité, l’esprit critique, l’autonomie et la capacité à chercher des solutions communes.
De 12 à 18 ans : développer discernement et autonomie
Des échanges où le jeune participe activement, dans le respect de sa confidentialité.
Les activités peuvent notamment aborder la pression du groupe, l’image de soi, le stress, la vie numérique et la capacité à demander de l’aide.
Le rôle des adultes : quatre attitudes qui font grandir
Parents, enseignants, éducateurs et professionnels de santé jouent un rôle essentiel dans le développement des compétences psychosociales.
Quatre attitudes simples peuvent accompagner les enfants au quotidien.
1. Écouter jusqu’au bout
« Qu’est-ce qui a été difficile pour toi ? » ouvre souvent le dialogue.
Reconnaître une émotion permet ensuite de chercher ensemble une réponse adaptée.
2. Montrer l’exemple
Reconnaître une erreur, s’excuser, demander de l’aide ou traverser un désaccord avec respect : les enfants apprennent beaucoup de ce qu’ils observent.
3. Valoriser la démarche
« Tu as essayé plusieurs solutions » ou « Tu as su expliquer ce qui te dérangeait » mettent en lumière les compétences mobilisées.
4. Préserver des moments de jeu partagé
Quelques minutes d’attention entière peuvent contribuer à renforcer le lien et à créer des occasions d’apprentissage.
Comment Conteurs sans frontières transforme la prévention en expérience
La Fondation Conteurs sans frontières, organisation suisse d’utilité publique basée à Coppet et bénéficiant du statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC des Nations Unies, développe des outils d’éducation à la santé fondés sur le récit, le jeu et la participation.
Son approche pédagogique favorise le développement des compétences psychosociales et des comportements protecteurs dès l’enfance.
L’Odyssée H2O
L’Odyssée H2O propose un parcours ludique sans écran.
À travers des micro-histoires, des jeux adaptés aux différentes tranches d’âge et des gestes à expérimenter, le programme permet de passer de la compréhension d’une compétence à son usage quotidien.
La Légende des Louloubis
La Légende des Louloubis invite les enfants dès quatre ans à explorer leur monde intérieur à travers des personnages et des aventures imaginaires.
Les enfants apprennent progressivement à reconnaître leurs émotions, à développer leurs ressources et à prendre soin d’eux-mêmes et des autres.
Le Cercle des Ouettes
Le Cercle des Ouettes s’appuie sur la narration, le jeu coopératif et la parole partagée pour encourager l’écoute et la coopération.
Ce jeu éducatif permet d'aborder les compétences psychosociales de manière concrète, positive et collective.
L’Espace Louloubis
L’Espace Louloubis transforme le temps d’attente en milieu pédiatrique en un moment d’histoires, de jeux et de découverte.
Cette approche sans écran contribue à créer un environnement plus apaisant pour les enfants et leurs familles, tout en favorisant la prévention santé.
Une nouvelle place pour le dialogue dès 2027
À partir de janvier 2027, la Fondation prévoit également d’ouvrir chaque mois un micro-débat.
Un enfant ou un jeune, un professionnel et un décideur pourront y croiser leurs regards sur une question de santé et de société.
Cette démarche participative entend donner davantage de place aux expériences, aux questionnements et à la parole des jeunes.
Pour en savoir plus : découvrez l’approche pédagogique de la Fondation Conteurs sans frontières et ses actions de prévention santé.
Quand demander un soutien supplémentaire ?
Les compétences psychosociales soutiennent le bien-être et complètent l’accompagnement professionnel.
Certains changements méritent une attention particulière, surtout lorsqu’ils durent ou s’intensifient :
- Un retrait inhabituel.
- Une tristesse ou une irritabilité qui persiste.
- Des inquiétudes envahissantes.
- Des troubles importants du sommeil.
- Une perte d’intérêt pour les activités habituellement appréciées.
- Des difficultés scolaires nouvelles.
- Des plaintes physiques répétées.
- Des propos exprimant une grande souffrance.
Dans ces situations, le pédiatre ou un professionnel de santé qualifié est le bon interlocuteur.
En Suisse, les enfants et les jeunes peuvent également contacter gratuitement et confidentiellement le 147 de Pro Juventute, par téléphone ou par message : www.147.ch.
En cas de danger immédiat, une aide urgente est nécessaire.
FAQ : les questions fréquentes sur les compétences psychosociales
Quelles histoires notre société nous raconte-t-elle de la santé ?
Des récits collectifs sur la force, la réussite, l’autonomie ou la vulnérabilité, transmis par les adultes, l’école, les pairs, les médias et les réseaux. Les questionner aide chacun à construire ses propres repères.
À quel âge commencer à développer les compétences psychosociales ?
Dès la petite enfance, à travers les interactions quotidiennes avec les adultes et les premières expériences sociales. Les outils évoluent ensuite avec l’âge, des histoires courtes aux projets collectifs.
Qu’est-ce qu’un biais cognitif, et pourquoi en parler aux familles ?
Un biais cognitif est un raccourci que prend notre cerveau pour décider rapidement. Le connaître aide à comprendre certaines réactions, chez l’enfant comme chez l’adulte, et à choisir un geste plus ajusté.
Qu’est-ce qu’un nudge ?
Un nudge est un coup de pouce qui agit sur l’environnement pour rendre un choix favorable plus simple ou plus visible, tout en laissant chacun libre de décider. Il complète le développement des compétences psychosociales.
Pourquoi le jeu est-il important pour la santé mentale ?
Le jeu permet d’explorer, d’exprimer ses émotions, de coopérer et de partager du plaisir. Il soutient le développement émotionnel, social et cognitif, et contribue à renforcer le lien entre enfants et adultes.
Pourquoi utiliser des histoires pour parler de santé ?
Les histoires rendent les notions complexes accessibles. À travers un personnage, l’enfant reconnaît une émotion, explore différentes réactions et imagine des solutions, à une distance qui facilite la parole.
Les compétences psychosociales concernent-elles aussi les adultes ?
Oui. Les mêmes compétences soutiennent la santé au travail, la coopération en équipe et la capacité à traverser les changements. Les adultes qui les exercent deviennent également des modèles pour les enfants.
Comment intégrer les compétences psychosociales en classe ou en institution ?
À travers des récits, des jeux coopératifs, des échanges encadrés et des projets collectifs, intégrés aux activités ordinaires. Leur force tient à la régularité et à la continuité entre l’école, la famille et les autres lieux de vie.
Quelle différence entre compétences sociales et compétences psychosociales ?
Les compétences sociales concernent les relations avec les autres. Les compétences psychosociales forment un ensemble plus large, qui comprend également les dimensions cognitives et émotionnelles.
Construisons ensemble les repères de chacun
Aider un enfant à comprendre ses émotions, à dire son idée, à accueillir l’inconnu et à coopérer, c’est lui donner les moyens d’écrire son histoire de santé.
Ces repères se construisent en lui, entre lui et les autres, et autour de lui.
Parents, enseignants, éducateurs, soignants, employeurs et élus y contribuent chacun à leur place, en cultivant ces mêmes compétences entre adultes et en créant un environnement qui les fait vivre.
Et vous : quels récits avez-vous reçus… et lesquels transmettez-vous ?
Chaque semaine, retrouvez sur notre blog et nos réseaux un mécanisme du quotidien, une micro-histoire et un jeu à essayer en famille ou en équipe.
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Sources et références
- Promotion Santé Suisse — Étude sur les compétences en matière de santé psychique en Suisse, 2021.
- Pro Juventute — Étude jeunesse, santé psychique et relations sociales.
- Addiction Suisse — Étude HBSC 2022, données sur le bien-être émotionnel des jeunes de 11 à 15 ans.
- Durlak, J. A. et al. (2011) — The Impact of Enhancing Students’ Social and Emotional Learning, Child Development.
- Organisation mondiale de la Santé et UNICEF — Ressources sur la santé mentale des enfants et des adolescents.
- Office fédéral de la santé publique — Promotion de la santé mentale et prévention.
